Un an après les premiers attentats de 2015

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Un an après les premiers attentats de 2015

Les 7 et 9 janvier 2015, la France vivait la barbarie, des actes terroristes à « Charlie Hebdo » et à l’Hyper Casher de la porte de Vincennes. A ce moment-là, on n’imaginait pas que l’on pouvait vivre une nouvelle terreur le 13 novembre.

Cette semaine, le Président de la république et différents ministres vont organiser leur agenda en fonction de tout un tas de cérémonies d’hommage aux victimes des attentats de janvier. Depuis déjà quelques jours, les médias avides d’images nous assènent de nouvelles émissions sur ces attentats en annonçant de nouvelles révélations, ce que vous n’avez pas encore vu… Il y a même une association des proches des victimes qui appellent les médias à être raisonnable et à éviter les « détails mortifères » des attentats.

La France, l’Europe et le Monde à ce moment-là voulaient se montrer uni et fort pour repousser la peur et le terrorisme, uni derrière une pancarte, derrière un slogan « je suis charlie ».

Mais que reste-t-il de cette émotion, de cette solidarité du 11 janvier ? Comment la solidarité peut aussi rapidement se transformer en un immense repli sur soi ? Comment ces moments d’effroi sont incapables de nous faire retrouver notre capacité à construire collectivement un avenir meilleur, un avenir de paix et de liberté ? Qu’avons-nous fait des difficultés des enseignants à faire respecter la minute de silence dans les classes ? Qu’avons-nous fait comme éducation à la lecture de caricature ? Qu’avons-nous fait pour protéger la liberté de la presse ?

Pendant des semaines, les débats des « grands médias » tournaient autour de ces questions. Tout le monde appelait à la responsabilité, à la réflexion et quelques-uns qui se disent « intellectuels » en ont profité pour mettre la religion au cœur de tous nos débats, en ont profité pour stigmatiser les musulmans, en ont profité pour diffuser haine, division, peur, définition de l’identité et mettre en cause des principes de liberté importants comme l’expression par caricature, la possibilité de rire de la religion …. Ces débats ont participé à la régression idéologique du débat politique qui a trop souvent été centré sur l’individualisme et la défense des uns contre les autres plutôt que comment résoudre les problèmes du vivre ensemble dans notre pays. Il est évident que nos amis Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré n’auraient pas apprécié cette dérive des débats et les conséquences de cette barbarie.

Et maintenant, un an après, il existe un nouvel enseignement titré EMC (Education moral et civique), on essaie de mettre citoyenneté ou citoyen dans tous les titres de projet éducatif, on essaie de croire que la France n’a pas changé après ces attentats et pourtant ?

« Charlie Hebdo » a décidé pour rendre hommage à leurs camarades morts sous les balles des terroristes de continuer à exprimer sa colère, sa force, sa volonté de polémiquer, de caricaturer en éditant mercredi 6 janvier un numéro spécial tiré à un million d’exemplaires avec en une un Dieu barbu, armé d’une kalachnikov et à l’habit ensanglanté sous le titre « 1 an après, l’assassin court toujours ».

Le dessinateur signe dans ce numéro spécial un éditorial rageur pour défendre la laïcité et dénoncer les « fanatiques abrutis par le Coran » et les « culs-bénits venus d’autres religions » qui auraient voulu la mort du journal. Il explique dans cet édito que « les convictions des athées et des laïcs peuvent déplacer encore plus de montagnes que la foi des croyants ».

Quand on voit les commentaires, les réactions sur les réseaux sociaux, les choix rédactionnels des « grands médias » qui invitent tous les responsables religieux à la suite de la diffusion de la Une de ce numéro, on peut en effet se dire que le combat sur la liberté de la presse est important à mener et on peut aussi se dire qu’il est important que Charlie Hebdo continue d’exister.

Cécile Dumas

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