argent public : la vérité est ailleurs

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argent public : la vérité est ailleurs

Les aberrations de ce système

Comment trouver un sens à cette société quand le gouvernement socialiste, les responsables LR, cherchent sans arrêt à culpabiliser les demandeurs d’emploi ou les « travailleurs pauvres » en identifiant les indemnités de solidarité à un assistanat coûteux alors que pendant ce temps le pacte de responsabilité distribue l’argent public aux patrons et l’évasion fiscale reste impunie ?

Tout est bon de la part du gouvernement, des patrons, des « experts » des médias, pour continuer à surfer sur la droitisation de la société et des débats. Depuis des années, les tenants du pouvoir politique et financier pleurent sur l’absence d’argent public, sur le coût du travail, sur le coût des indemnités chômage, sur le coût des mesures de solidarité. Ils inventent alors de nouveaux shérifs pour lutter contre la fraude au RSA comme dans notre département alors que l’inspection du travail n’a pu les moyens de fonctionner correctement, ils inventent la notion de travail gratuit pour « les pauvres »….

Et pendant ce temps, personne ne parle du coût mais encore moins de l’ intérêt du CICE, notion phare du pacte de responsabilité. Tout comme personne ne parle du coût de l’évasion fiscale.

Alors attardons-nous un peu sur les chiffres !

Cette semaine, le premier ministre s’est aperçu que les patrons n’avaient pas joué le jeu du CICE. Il dit dans une conférence de presse que « les engagements du patronat en matière d’emploi ne sont pas satisfaisants » et menace « doucement » les patrons de soumettre le versement de crédits d’impôts à une contrepartie pour l’emploi. Incroyable, non ! Lucidité ou urgence d’infléchir la courbe du chômage pour le candidat Hollande 2017…

Depuis 2014, tous les journaux ont titrés sur l’utilisation du CICE et l’INSEE explique , dans une de leur enquête que ce cadeau fiscal n’a eu comme effet que mettre « un coup de frein à la baisse des marges des entreprises » mais pas sur la création d’emploi. Tout le monde s’accorde à dire que l’objectif de départ n’a pas été atteint et pourtant cela continue et c’est assumé par le gouvernement, c’est même amplifié. En effet, en 2013, ce sont environ 7 milliards d’euros d’argent public qui vont aux entreprises pour baisser le coût du travail par ce processus de crédit d’impôt. Après un an et sans bilan sur l’emploi, le gouvernement augmente la somme en passant le calcul de 4 à 6% de la masse salariale brute. Du coup la dépense pour 2014 est d’environ 10 milliards d’euros et pour 2015, 17,5 milliards d’euros. Voilà la réalité du coût en argent public d’une mesure qui a prouvé son incapacité à créer de l’emploi et qui n’obéit qu’au dogme de diminuer le coût du travail et permettre à certaines entreprises d’augmenter leur marge.

Le discours sur l’absence d’argent public est encore plus aberrant quand on connait le contenu du rapport d’une commission d’enquête du Sénat dirigée par le sénateur communiste Eric Bocquet sur l’évasion fiscale fin 2012 ou quand on lit l’enquête Oxfam de début 2016 sur les inégalités.

Oxfam dit très clairement qu’il y a environ 70 paradis fiscaux et judiciaires bénéficiant aux intérêts d’européens. Cette enquête annonce que chaque année la fraude et l’évasion fiscale coûtent 1000 milliards d’euros à l’Union Européenne. Oxfam précise que cette fraude organisée menace la stabilité financière et l’économie, elle mine les budgets des Etats et creusent les inégalités. Mais les résultats de cette enquête n’ont pas fait l’objet d’une grande campagne médiatique et encore moins d’annonce de la part des dirigeants européens.

Ce n’est malheureusement pas nouveau, la culpabilisation des « pauvres » est toujours plus active que celles des fraudeurs du fisc.

Le rapport d’Eric Bocquet disait que l’évasion fiscale en France pouvait être entre 30 et 80 milliards par an et qu’il y avait une impérieuse nécessité à faire cesser la fraude fiscale. Il mettait en cause une Europe trop absente de cette lutte, précisait que c’est au sein de l’Europe que résident les paradis fiscaux les plus puissants du monde (Luxembourg, Jersey, Monaco…). Dans une interview fin 2012, Eric Bocquet expliquait qu’il y avait partout dans le monde des gens très intelligents qui consacrent toute leur activité à inventer des moyens de jouer avec les lois.

Trois ans après ce rapport, le sujet principal n’est toujours pas devenu la fraude fiscale en France comme en Europe.

Ces quelques chiffres démontrent bien l’imposture de la majorité des discours actuels sur l’absence d’argent public. La volonté politique de partager les richesses doit à la fois montrer sa capacité à faire rentrer des recettes et à justifier ses dépenses au service de l’intérêt général.

Cécile Dumas

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