Du temps de réflexion, d’écoute et de questionnement

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Du temps de réflexion, d’écoute et de questionnement
Du temps de réflexion, d’écoute et de questionnement

Je l’ai dit depuis plusieurs mois, je veux préparer le 37ème congrès du Parti Communiste en ouvrant grands les portes mais aussi grand les oreilles, les yeux sans à priori mais avec une volonté farouche que notre parti puisse être utile aux changements de la société donc en la comprenant bien et en remettant dans le débat politique l’idée de progrès et d’accès pour tous à une vie digne faite d’égalité de droits et de partage des richesses. Pour cela, la reconstruction de la Gauche est fondamentale.

Dans cette réflexion, dans le contexte politique actuelle, les militants et responsables politiques qui ont des certitudes m’effraient. Et cela dans quelconque parti que ce soit.

Alors oui, en ce moment, je ne suis pas la responsable politique départementale la plus en vue dans la presse ou dans les médias mais aucun média ne s’intéresse à la compréhension de la société. Ils préfèrent surfer sur la peur et les faits divers. Peu importe !

Je suis de celle qui dise que pour changer la société, il faut la comprendre. Et pour comprendre la société, la nôtre pas celle d’il y a 10, 20 ou 30 ans, ni celle que nous rêvons, il faut parler à ceux qui la compose.

Et cela n’est en rien galvauder ses convictions, communistes, progressistes, écologiques.

Peut-on se contenter de slogans, de convictions sans avoir envie de les partager, de les argumenter et de les immiscer au cœur des débats ? Je ne veux pas convaincre ceux qui ont des certitudes, je veux m’attacher à entendre, à dialoguer avec tous les autres. Et je suis certaine que c’est la majorité dans notre pays. Peu importe le temps que cela prendra !

Alors je me lance dans une grande série de rencontres, d’auditions, d’écoutes de multiples personnes de toute condition sociale, culturelle, professionnel, d’âge qui veulent bien parler de leur vie, de ce qu’ils attendent de la politique, de leur comportement électoral et du mot Gauche….

Mon carnet de témoignage commence à se remplir. Il y a les rendez-vous préparés mais il y a aussi les rencontres impromptues.

Samedi après-midi, je rencontre une de mes anciennes élèves de collège derrière la caisse d’un grand magasin de sport. Cette jeune fille me demande d’attendre quelques minutes car elle voulait me parler.

Durant sa pause de 20 minutes, nous engageons la conversation autour d’un café et 4 de ses jeunes collègues se joignent à nous.

Nous n’avons pas parlé de son souvenir de mes cours de mathématiques mais bien de leur vie et de leur rapport à la politique. Son invitation à la conversation n’était pas due à ma qualité de prof de maths mais bien de responsable politique.

Tous ont moins de 25 ans, tous ont un niveau scolaire correct, Bac Pro, BTS, DUT pour certains souvent dans le marketing du sport. Tous me disent avoir voté qu’aux présidentielles et plus jamais après.

Plusieurs me disent, on est comme vous, on veut partager la richesse mais c’est tellement loin de notre galère quotidienne que l’on se débrouille autrement et parfois votre discours nous culpabilise de faire autrement. Une jeune fille en ce moment a une phrase très forte « Vivre aujourd’hui à 24 ans, ce n’est pas le code du travail, c’est cumuler plusieurs emplois et parfois arriver à 45 heures par semaine pour espérer gagner 1300 ou 1400 € »

Elle continue en disant « le temps de travail, que ce soit 32 ou 35 heures, on aimerait bien mais nous, dans le commerce, on ne nous propose que des CDD à 15, 20 ou 25 heures pour gagner à peine 1000 € alors on est obligé de cumuler plusieurs emplois Du coup, on vend du loisir mais nous, on n’y a jamais accès. Vous croyez que nous ne sommes pas en colère ? Nous, les impôts, on veut bien en payer, on voudrait même payer un loyer plutôt que de loger encore chez nos parents ou même grands-parents ! »

Un autre ajoute « nous le savons que notre directeur gagne très bien sa vie, que les marges sont indécentes mais comment on fait pour partager les richesses. La politique de Macron ou de la droite ne répond pas à cela, nous le savons mais vous non plus. Vous, on dirait que vous parlez au passé, aux nostalgiques et parfois vous culpabilisez de s’adapter au monde actuel ! »

Cette discussion m’interpelle mais me fait aussi espérer car ils cherchent des solutions au dérèglement du travail et à la justice sociale. Il ne trouve pas la solution dans les politiques libérales de Macron, Sarkozy ou Juppé, ils sont très hostiles au FN et conscients du danger, ils n’ont aucune envie d’un monde fermé avec murs et frontières, il cherche une Gauche qui réponde à leur monde de galère, une gauche qui donne des droits aux salariés mais qui donne aussi la liberté de changer d'emploi régulièrement, mais surtout un emploi décemment rémunéré,

Pour eux, le travail ne correspond pas forcément à un métier, ils ne se disent pas vendeur d’article de sports, ils se disent simplement en galère et cherchent leur voie. S’engageront-ils dans un débat politique, c’est essentiel pour nous qui voulons reconstruire la Gauche. En tout cas, ce dialogue voulu de leur part est déjà intéressant.

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